Rdpc : Comment Eyebe Ayissi a été piégé à Yaoundé 6

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Selon nos informations, la déconvenue du mandataire du Comité central Henri Eyebe Ayissi dans cette municipalité se révèle être une véritable conspiration politique, menée tambour battant et avec une efficacité redoutable.

Dans la matinée du 09 juin 2017, on a dit tout le bien qu’il fallait penser de Henri Eyebe Ayissi commis par le Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Ce matin-là, bien malin qui pouvait s’étendre sur la possibilité d’un échec du mandataire du parti de Paul Biya dans sa tentative de faire accepter (au nom de la discipline de cette formation politique) un nom pour remplacer Paul Martin Lolo à la tête de la mairie de Yaoundé 6. Pourtant, un léger recul permet de voir cette affaire d’une façon différente et instructive. Ce qui se passe n’est rien de moins que la révélation des coups bas à la mode dans le parti de Paul Biya.

Voilà donc un 09 juin qui ne dessinait nulle part de fâcheux précédents. Eyebe Ayissi lui-même avait d’ailleurs qualifié les travaux de « concertation familiale entre les militants du parti du RDPC ».

Certainement n’entrevoyait-il pas une scène parasitée, en amont comme en aval, par ses adversaires politiques. Ce d’autant plus que dans la cohue, le natif de la Lékié partait avec l’assurance de faire primer le consensus entre les 39 conseillers. « Cette séquence était pleine de bas bruits. Il ressort essentiellement que c’était une dramaturgie bien construite depuis les hautes instances du parti », confie un militant avisé. A l’épreuve du décryptage, la stratégie de diabolisation de Henri Eyebe Ayissi avait juste attendu le bon tempo. A en croire certaines indiscrétions, derrière l’artifice de la mairie de Yaoundé 6, il y avait, sur le fond un piège. Ce piège, échafaudé sur des rancœurs séculaires, a été tendu pour le faire échouer.

En fait d’éléments qui accréditent cette idée, il y a au sommet des curiosités, l’absence du préfet du Mfoundi lors des conciliabules à Yaoundé 6 le 09 juin dernier. Jean-Claude Tsila a délibérément choisi de s’isoler de la scène.

« Surfant sur la vague d’un impossible consensus, surtout que 33 conseillers ont largement voté en faveur de Jacques Yoki Onana contre 6 pour Esther Effa, premier adjoint au maire soutenue en sous-main par le préfet, ce dernier ne pouvait pas être là », confie Fabien Elono Ndoumou, un militant de la section RDPC.

Ce déchaînement rhétorique, à défaut de souffler des « accointances » difficilement vérifiables entre Esther Effa et Jean –Claude Tsila, trace la ligne de démarcation de l’autorité de tutelle par rapport aux revers à l’issue des tractations. Or au milieu de celles-ci, la dimension républicaine de Henri Eyebe Ayissi était un atout maître de sa stature de mandataire du parti de la flamme ardente. C’est dans ce contexte fait de synthèses molles en renoncements, d’hésitations en reculades, qu’on apprendra discrètement que « s’il était parvenu à gagner ce hold-up à Yaoundé 6, Henri Eyebe Ayissi aurait pris du galon au sein du RDPC ».

C’est dans ce contexte aussi que ses adversaires politiques ont parachevé de le discréditer en choisissant sournoisement de le «mettre à l’épreuve ».
Cela est parti, apprend-on, des hautes sphères du parti, notamment du secrétariat général. « Depuis toujours, affirme-t-on, des esprits sont systématiquement opposés à l’ascension politique de Henri Eyebe Ayissi ». On ajoute même que là-bas, « tout avait été mis en œuvre pour décrédibiliser la méthode de la négociation et du compromis dans l’exercice du choix d’un nouveau maire à Yaoundé 6 ». « On savait pertinemment que l’air du temps dans cette municipalité ne favorise plus les conceptions raisonnées. La démonstration argumentée cède le pas à l’émotivité de l’instant, les dignitaires susceptibles d’organiser le débat démocratique et la négociation sont marginalisés au profit des leaders charismatiques, des formulations simplistes et de la «com», tranche Fabien Elono Ndoumou.
Ainsi donc, au secrétariat général du RDPC, l’actuelle faveur dont semble bénéficier Eyebe Ayissi auprès de Paul Biya est d’autant plus déconcertante qu’elle risque de le propulser « plus loin ». Une telle structuration de la déconvenue subie par ce dernier le 09 juin dernier ne manque pas d’exposer les divergences idéologiques entre les militants. « Et pour le cas en question, certains au comité central avaient peur d’une remontée remarquable d’un retour en force spectaculaire, qui lui permettrait de s’accrocher aux bonnes grâce de Paul Biya au moment où des murmures d’enquêtes du TCS contre Eyebe Ayissi circulent dans l’opinion publique. Alors des nombreuses personnes cherchent à lui faire la peau depuis longtemps », croit savoir un cadre du RDPC de la Lékié.

Dans cette circonscription politique, ses adversaires n’ont pas manqué d’user de cet argument, plus ou moins discrètement, dans lors d’un récent meeting à Obala. « C’était un jeu à Yaoundé 6. Nos propres frères soudés par la volonté conjointe de se déployer dans un marché politique rude là-bas, veulent ensevelir le leadership de Eyebe Ayissi sous des amas de mots cotonneux et creux. Chacun y a vu une tactique politicienne de ces gens pour préparer la suite», souligne de son côté un élu du Mfoundi. A comprendre qu’il s’agit, de part et d’autre, de submerger la question des intérêts en alimentant pour les uns des terreurs « identitaires », en vitupérant pour les autres des pulsions « réactionnaires ». « C’est cette réalité que les gens ont exploité à Yaoundé 6. Dresser chez soi les plans impeccables d’une guerre apparemment sans haine et sans « bavures » et confier la tâche de la mener au Comité central en fonction des inclinations, des méthodes et des exigences propres à faire tomber un adversaire », appuie Fabien Elono Ndoumou. C’est que, après avoir usé, non sans succès à une certaine époque, du ressort géopolitique anti- Eyebe, beaucoup n’ont pas résisté à la tentation d’abattre la carte ultime de l’affrontement sur un terrain neutre.
Au fil des anecdotes et analyses constituant cet aspect, il y en a qui se frottent les mains face à la posture du « loser du 09 juin à Yaoundé 6 ». Elle permet de mieux comprendre les traits profonds d’un système politique qui se vit pour ses protagonistes comme « une situation de compétition permanente ». En effet, elle permet de citer les personnalités qui ne se situent pas résolument en marge des calculs politiciens.

« N’ayant pas franchi le pas consistant à s’implanter localement, au destin atypique dans une culture politique où l’enracinement constitue une valeur tangible, on peut explorer d’autres pistes. Et c’est le cas de ce qui s’est passé à Yaoundé 6 pour mettre Eyebe Ayissi à l’épreuve », argue-t-on dans l’entourage de Jean Nkuete. Là-bas, on n’est pas loin de penser que, des hommes obstinés à s’imposer dans le paysage politicien ont reçu l’onction du SG du RDPC eu égard au retentissement médiatique de l’échec de Eyebe Ayissi. « Parce que conscients qu’un tel désaveu politique fait l’objet d’une médiatisation croissante, en particulier dans une phase critique, ces gens se gargarisent aujourd’hui que l’image de Eyebe Ayissi s’accompagne d’un foisonnement de commentaires et d’analyses a posteriori qui sont répercutés au niveau du président national», analyse Fabien Elono Ndoumou.

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